Le marché laitier: des eaux troubles, mais une lueur d'espoir à l'horizon
L'année écoulée a une nouvelle fois clairement démontré que le marché laitier est imprévisible. Divers facteurs ont provoqué un déséquilibre inattendu entre l'offre et la demande de produits laitiers, entraînant une chute des prix. Le second semestre a donc été particulièrement difficile pour les transformateurs laitiers, qui ont été contraints de baisser le prix du lait cru. Heureusement, les dernières années extrêmement rentables ont permis aux producteurs laitiers de constituer une réserve, et les premiers signes prudents d'une reprise du marché sont visibles.
(Beaucoup) plus de lait que prévue
L'évolution des livraisons de lait au cours de l'année écoulée a montré, pour le moins, une rupture de tendance par rapport aux années précédentes. La grave épidémie de virus de la fièvre catarrhale ovine qui a sévi au second semestre 2024 a eu des répercussions au premier semestre 2025, entraînant une baisse de 4,6 % des livraisons belges par rapport à 2024. Au cours du second semestre 2025, les livraisons ont connu une reprise remarquable (graphique en bas). Cela s'explique par une conjonction de circonstances favorables, notamment des prix du lait très avantageux, des coûts faibles et un décalage du cycle de vêlage dû à l'épidémie de fièvre catarrhale ovine. En raison de cette augmentation inattendue, les transformateurs laitiers ont dû mettre les bouchées doubles pour traiter tout le lait, soit en décembre, pas moins de 12% de plus que l'année précédente. Au total, les livraisons pour 2025 s'élevaient à 4.370 millions de litres, soit légèrement plus que le volume de 2024 (+0,5 %). Nous avons observé un effet similaire dans les deux régions du pays. En Wallonie, 2.259 producteurs laitiers ont livré en moyenne 1.291 millions de litres de lait. Les 3.293 producteurs laitiers flamands ont livré 3.103 millions de litres.
Les cotations des produits laitiers ont chuté
Cette production étonnamment élevée au cours du second semestre n'a pas été observée uniquement en Belgique, mais dans plusieurs pays du nord-ouest de l'Europe, ce qui a entraîné une augmentation des livraisons européennes (graphique en haut). De plus, comme la production était également très élevée dans les grandes régions exportatrices (notamment les États-Unis) et que la vigueur de l'euro rendait difficile l'exportation de lait, un déséquilibre entre l'offre et la demande de lait et de produits laitiers s'est créé sur les marchés européen et mondial. En conséquence, les cotations se sont effondrées (graphique en bas), ce qui a également mis le prix du lait cru sous pression. Celui-ci a inévitablement dû évoluer en fonction de la nouvelle réalité difficile du marché laitier (graphique en bas). En effet, en raison des marges très faibles de l'industrie laitière (1,03% en 2022), les transformateurs laitiers ne peuvent pas payer des prix du lait supérieurs à la valeur du marché sans mettre en péril leur propre rentabilité.

Capacité tampon grâce aux années fastes
Malheureusement, la pression sur les prix ne faiblit pas. Le prix du lait cru a encore baissé au cours des premiers mois de 2026. Dans ce contexte, il est toutefois important de rappeler à quel point ces dernières années ont été exceptionnellement rentables pour l'élevage laitier. C'est ce qui ressort également des baromètres laitiers flamand et wallon (graphiques en bas à gauche et à droite), qui montrent que 2022, fin 2024 et le premier semestre 2025 ont été particulièrement favorables et ont permis aux producteurs laitiers de constituer des réserves pour les périodes moins fastes.

Que nous réserve 2026?
Heureusement, nous pouvons espérer que la collecte de lait sera un peu moins irrégulier en 2026. La production laitière ne continuera pas d'augmenter. Ainsi, 2026 sera la première année avec un objectif sectoriel de réduction des émissions d'azote dans l'élevage laitier (-12,5%). De plus, la baisse des prix du lait aura un impact, notamment en raison du rattrapage des abattages reportés et du fait que les producteurs laitiers ont reporté de quelques mois l'arrêt de la production laitière en raison des prix élevés du lait. Il reste également à voir comment les maladies animales influenceront la collecte de lait en 2026, la principale préoccupation étant l'introduction éventuelle de la 'Lumpy Skin Disease' en provenance de France.
Une collecte de lait plus prévisible devrait, espérons-le, entraîner une stabilisation des cotations. Les premiers signes sont déjà positifs : les cotations belges du beurre et du lait écrémé en poudre devraient atteindre, début 2026, des niveaux avoisinant respectivement les 450 et 230 euros la tonne (graphiques en bas). Beaucoup dépendra bien sûr de l'influence de facteurs externes tels que la production dans d'autres régions exportatrices (États-Unis), la vigueur de l'euro, l'impact des droits d'importation chinois récemment annoncés sur les exportations européennes, sans oublier bien sûr l'impact des évolutions géopolitiques telles que la guerre au Moyen-Orient.

Malgré toutes les incertitudes et les réserves, nous pouvons donc espérer avec prudence un marché laitier plus stable et plus prévisible pour l'année à venir. Et si la reprise effective du marché laitier devait prendre plus de temps que prévu, ce n'est pas une raison pour sombrer dans le pessimisme pour le secteur. Les perspectives à long terme restent en effet indéniablement positives, avec une augmentation prévue de la production et de la consommation mondiales de produits laitiers de +15% d'ici 2035.