L'experte laitière IFCN identifie des opportunités pour un secteur laitier extrêmement résilient
L'experte laitière IFCN identifie des opportunités pour un secteur laitier extrêmement résilient
À l'aide de nombreux exemples parlants, l'oratrice invitée Milica Kocić, économiste laitière chez IFCN, a esquissé les perspectives économiques et les défis du monde laitier lors de l'Assemblée générale de la CBL. La conclusion était claire : au cours de la dernière décennie, le secteur laitier a prouvé sa grande résilience et a su faire face à de nombreuses menaces externes. À l'avenir également, le secteur laitier devra relever de nombreux défis. L'IFCN prévoit que, pour nourrir la population mondiale croissante en 2035, il faudra produire et consommer pas moins de 15 % de lait en plus, mais avec moins de vaches laitières.
La volatilité jusqu'en 2025 affectera le secteur laitier
Le réseau d'expertise de l'IFCN s'appuie sur plus de 130 entreprises liées au secteur laitier qui collectent des données économiques dans le monde entier et établissent, sur cette base, des analyses et des prévisions pour le secteur laitier. Pour la période 2020-2025, l'IFCN conclut que celle-ci a été extrêmement volatile, avec notamment la COVID-19, la guerre en Ukraine, la récession économique, les perturbations climatiques et les tensions politiques. En 2024, une pression croissante due aux maladies animales s'est ajoutée à cela.
Malgré cela, la production laitière mondiale a augmenté de 1,9 % en 2024. La demande mondiale en produits laitiers a progressé de 2,0 % et les importations mondiales de produits laitiers de 3,4 %, représentant 7 % de la production laitière totale. Il convient de noter la hausse de la demande en matière grasse laitière et le fait que le fromage a supplanté le lait en poudre dans le commerce. L'Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord sont les principales régions importatrices. Le prix du lait a augmenté de 11 %*, en partie en raison des cours record du beurre.
En Chine, important importateur de produits laitiers, les prix sont toutefois en baisse depuis 2022, sous l'effet d'une inflation élevée, d'une baisse du pouvoir d'achat et d'un marché en situation de surproduction. Malgré la faiblesse des prix intérieurs, les importations chinoises se maintiennent, ce qui est favorable aux exportations de l'UE. Avec un prix du lait de 45 euros pour 100 kg**, la Belgique est compétitive tant sur le marché européen que sur le marché d'exportation.
Un principe fondamental du marché laitier sous pression
Après la crise corona, les prix du lait ont atteint des niveaux records en 2022. Habituellement, un tel pic est suivi d'une forte baisse, mais cette fois-ci, cela n'a pas été le cas. Ce «atterrissage en douceur» remet en question un principe fondamental du marché laitier. Normalement, lorsque les prix du lait augmentent, les revenus des éleveurs laitiers augmentent également, ce qui entraîne une hausse du volume de production. Cela entraîne ensuite une baisse des prix, et donc une baisse des revenus, après quoi le volume diminue à nouveau, les prix remontent et le cycle se répète.
Aujourd'hui, cependant, les prix restent élevés sans que le volume de production augmente proportionnellement. Ce changement de paradigme pourrait conduire les prix mondiaux du lait à atteindre un nouvel équilibre autour ou au-dessus de 45 euros pour 100 kg. Combinée à la stabilisation prévue des coûts de production, la situation économique favorable pour les éleveurs laitiers devrait se maintenir pendant un certain temps encore.
15 % de lait en plus d'ici 2035
À l'avenir également, le secteur laitier restera sensible à de nombreux facteurs externes. Parmi les défis majeurs, citons les conditions climatiques extrêmes et les maladies animales, qui peuvent limiter la production laitière. À cela s'ajoute le risque que les maladies animales entraînent une augmentation des coûts. Le commerce, qui subit notamment la pression des droits de douane, aura à son tour un impact négatif sur la demande sur le marché mondial.
À l'heure actuelle, le secteur laitier dépend du transfert du lait des régions productrices vers les régions qui ne sont pas autosuffisantes. D'ici 2035, on prévoit une augmentation de 15 % de la production et de la consommation de lait, ce qui représente un volume supplémentaire équivalent à près d'une fois et demie la production actuelle des États-Unis. Bien que le nombre d'élevages laitiers et le cheptel bovin diminueront, la population mondiale et la consommation de produits laitiers par habitant augmenteront, selon les prévisions de l'IFCN.
Cette inadéquation entre l'offre et la demande entraînera une demande non satisfaite dans certaines régions, notamment en Asie de l'Est et en Afrique, ce qui offrira des opportunités aux régions capables de produire efficacement et durablement des produits laitiers destinés à l'exportation, telles que l'UE et la Belgique. Malgré la pression exercée par le changement climatique, les maladies animales et les incertitudes géopolitiques, la conclusion est donc positive : grâce à sa résilience avérée, le secteur laitier est prêt pour une nouvelle phase de croissance durable.
*sur base du IFCN World Milk Price Indicator
**4% MG, 3,3% MP