Première interview avec le nouveau président de la CBL, Peter Grugeon
Lors de l'assemblée générale annuelle de la CBL, Peter Grugeon, président de FrieslandCampina Professional, a pris la présidence de la CBL. Il succède à Sébastien Buytaert, CEO de Lactalis Benelux. Sébastien reste vice-président de la fédération, aux côtés de Catherine Pycke, administratrice déléguée d'Inex. Il est grand temps de mieux connaître Peter et d'entendre comment il envisage l'avenir du secteur laitier belge.
Peter, tu as déjà une grande expérience dans le secteur laitier et agroalimentaire. Quels enseignements en as-tu tirés?
Avant de rejoindre FrieslandCampina, j’étais CEO de Milcobel. J’y ai dirigé l’entreprise dans un marché complexe et en constante évolution. Auparavant, j’ai également occupé des postes de direction au sein de différentes entreprises agroalimentaires. Cela m’a permis de découvrir le secteur sous plusieurs angles : commercial, opérationnel et coopératif. Ces expériences m’ont appris à quel point il est important d’avoir une orientation claire, une mise en œuvre cohérente et un lien solide entre les résultats de l’entreprise et les intérêts des membres de la coopérative.
Tu connais donc manifestement très bien le secteur laitier belge. Que signifie pour toi le fait de devenir président de la CBL?
IkJe suis fier d'être président de la CBL. Le secteur laitier belge dispose de nombreux atouts : des entreprises solides, un savoir-faire artisanal, des produits de qualité, une forte orientation vers l'exportation et des liens étroits avec les producteurs laitiers locaux. Dans le même temps, notre secteur se trouve à un tournant décisif. Nous sommes forts et tournés vers l'avenir, mais pour le rester à long terme, nous avons besoin d'un cadre politique compétitif, prévisible et offrant une sécurité juridique.
Quels sont aujourd'hui les principaux défis auxquels le secteur est confronté?
Le secteur est sous pression en raison de la hausse des coûts, de la volatilité des marchés, des incertitudes géopolitiques, de l'alourdissement des charges administratives et de la complexité de la réglementation. Cela crée des conditions de concurrence inégales au sein de l'Europe et exerce une pression structurelle sur les marges. Dans le même temps, nous souhaitons continuer à produire des produits laitiers de qualité supérieure et réduire davantage l'impact climatique de l'ensemble de la chaîne. Ce double objectif est ambitieux, mais indispensable.
Où vois-tu des possibilités et des opportunités ?
Nous devons continuer à investir dans des processus plus efficaces, dans l'innovation et dans le développement de produits. Une meilleure valorisation du lait est essentielle, avec un équilibre sain entre les produits de base et les produits à plus forte valeur ajoutée, tels que les ingrédients, les aliments spécialisés et les aliments médicaux.
Des opportunités existent également à l'international. La demande en produits laitiers reste forte et les exportations constituent un élément important du modèle économique de notre secteur. Outre notre marché intérieur européen, nous voyons notamment des opportunités en Asie du Sud-Est, en Afrique et au Moyen-Orient. La Belgique dispose en outre d'atouts majeurs : savoir-faire, infrastructures, esprit d'entreprise et collaboration étroite au sein de la filière. Nous devons donc continuer à nous engager activement en faveur de l'accès aux marchés.
Par ailleurs, nous ne devons pas perdre de vue la valeur nutritionnelle des produits laitiers. Ceux-ci apportent une contribution précieuse à une alimentation saine et équilibrée. Nous devons continuer à faire passer ce message, de manière équilibrée et scientifiquement fondée, y compris dans le débat sociétal et politique sur l'alimentation et la santé.
Comment envisages-tu l'avenir?
L'avenir du secteur laitier belge repose sur un ancrage local fort, associé à une vision internationale. Mais les attentes de la société ne cesseront de croître. Les produits laitiers doivent non seulement être nutritifs et abordables, mais aussi être produits de manière à respecter le climat et la nature. Nous y travaillons déjà d'arrache-pied aujourd'hui. Les produits laitiers belges comptent parmi les plus durables au monde, mais nous devons continuer à progresser. Cela nécessite une collaboration tout au long de la chaîne : des producteurs laitiers et des transformateurs aux autres partenaires de la chaîne. Cela signifie, d’une part, que nous soutenons nos producteurs laitiers par le biais de programmes, de données, d’accompagnement, de partage de connaissances et de modèles de rémunération. D'autre part, nous continuons également à rendre nos propres sites plus durables, notamment grâce à l'énergie verte, à la réutilisation de l'eau, à des emballages plus durables et à la réduction du gaspillage alimentaire.
Que doit faire la politique pour garantir cet avenir?
L'approvisionnement alimentaire local doit être un choix stratégique. Si nous voulons ancrer la production et la transformation laitières en Belgique, nous avons besoin d'un cadre politique stable et juridiquement sûr, doté d'une perspective à long terme. Cela implique de mettre l'accent sur la compétitivité, notamment en matière d'énergie, de main-d'œuvre et de charge réglementaire ; d'alléger les charges administratives ; de laisser davantage de place à l'esprit d'entreprise et de garantir des pratiques commerciales équitables tout au long de la chaîne. Les choix politiques doivent être économiquement viables et les ambitions en matière de durabilité plus réalistes.
Le débat sur l'alimentation et la santé appelle lui aussi à la nuance. Les Produits laitiers méritent d'être clairement reconnus comme faisant partie intégrante d'une alimentation saine et équilibrée, en tenant compte à la fois de leur valeur nutritionnelle et de leur rôle dans la sécurité alimentaire et la durabilité.
Les autorités sont donc un partenaire essentiel. Un dialogue constructif doit reposer sur une compréhension mutuelle, en tenant compte à la fois des ambitions écologiques et économiques et de la réalité sur le terrain.
Pour finir : sur quoi espères-tu pouvoir revenir d'ici deux ans?
Mon ambition en tant que président pour les deux prochaines années est donc claire : consolider solidement la transformation laitière en Belgique tout en continuant à miser sur l'innovation, la durabilité et une position forte sur le marché international. Ainsi, notre secteur pourra continuer à contribuer à la sécurité alimentaire, à un accès abordable à des produits laitiers de qualité et à un impact positif sur le climat et la nature.