Retour sur l’assemblée annuelle de la CBL avec la directrice Lien Callewaert
Retour sur l’assemblée annuelle de la CBL avec la directrice Lien Callewaert
L’assemblée annuelle de la CBL s’est tenue vendredi dernier. La directrice Lien Callewaert revient sur une édition réussie.
Quel bilan faites-vous de l’assemblée annuelle?
Nous sommes heureux de la belle participation, et le soleil radieux a offert un cadre idéal pour un moment de réseautage ou pour discuter des idées de notre intervenante invitée Milica Kocić de l’IFCN. Avec le discours du président sur l’année écoulée et mon aperçu économique, j’espère que nous avons offert aux participants matière à réflexion.
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Les chiffres clés témoignent d’un chiffre d’affaires solide, mais les investissements ont diminué. Quelle en est la cause?
L’industrie laitière est à un tournant. La rentabilité est sous pression, les marges sont faibles, et les incertitudes rendent les entreprises plus prudentes. En témoigne le recul des investissements de 6%. Pourtant, un chiffre d’affaires de 7,3 milliards d’euros a été réalisé en 2024. Ce beau résultat montre aussi la résilience et la capacité d’adaptation des transformateurs laitiers.
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Pouvez-vous détailler concrètement les incertitudes?
Je trouve que notre président les a bien résumées dans son exposé. L’instabilité géopolitique préoccupe le secteur. Une enquête antisubventions de la Chine, un de nos principaux marchés d’exportation, à l’encontre des importations des produits laitiers européens a engendré une énorme charge administrative. Comme si cela ne suffisait pas, le Président Trump a déclenché une guerre commerciale avec ses tarifs d’importation. En outre, 2024 a été également une année intense en matière de maladies animales avec la propagation exponentielle de la fièvre catarrhale qui met sous pression les livraisons de lait, et des foyers de fièvre aphteuse en Europe qui ont eu un énorme impact sur les exportations.
Lors de votre aperçu économique annuel à l’assemblée annuelle, vous avez évoqué l’accès au lait comme l’un des plus grands défis à venir. Pourquoi?
Le recul de la production laitière de 0,8% en 2024 crée effectivement de l’incertitude. Bien que la conjoncture économique favorable de ces dernières années ait permis aux producteurs laitiers de se préparer à investir dans l’environnement et la durabilité, les incertitudes juridiques sur le plan politique, l’accès difficile aux terres agricoles et une lourde charge administrative continuent de peser sur les épaules des producteurs laitiers. Le grand nombre d’abandons est également un problème persistant. Pour les transformateurs laitiers, une moindre disponibilité de matière première signifie un risque de sous-utilisation de la capacité de production, ce qui augmente les coûts par unité.
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Quel est l’impact de ces incertitudes sur les transformateurs laitiers?
La rentabilité reste faible. La marge nette de l’industrie laitière n’était que de 1,23% en 2023. En 2024, le prix annuel du lait a augmenté de 9% pour atteindre 49,62 euros les 100 litres, ce qui exerce une pression supplémentaire sur les coûts. Ces nuages sombres obscurcissent malheureusement les perspectives d’avenir pour les transformateurs laitiers.
Qu’est-ce qui rend l’avenir prometteur?
Tout d’abord, une étude récente du Vlam montre que la consommation de produits laitiers par les ménages a augmenté de 4%. Les produits laitiers sont fortement ancrés dans les habitudes alimentaires des Belges: 72% des Belges consomment quotidiennement des produits laitiers. Cette revalorisation des produits de base naturels crée des opportunités pour le secteur laitier. A l’échelle mondiale aussi, la demande augmente en raison de la croissance démographique et de la hausse des revenus dans les régions en développement économique. En outre, depuis fin 2021, les baromètres économiques de la production laitière sont majoritairement au vert foncé. Grâce aux prix élevés du lait, les dernières années ont été parmi les plus rentables qui soient. Cela a offert aux producteurs laitiers l’oxygène et une réserve nécessaires pour se préparer aux défis à venir, comme le renforcement de la durabilité du secteur.
Que font les transformateurs laitiers pour renforcer la durabilité?
La durabilité et son renforcement est en effet un thème important, essentiel à la pérennité du secteur. Beaucoup d’efforts sont déjà fournis par les entreprises laitières, ainsi qu’au niveau sectoriel. Ainsi, les pertes alimentaires au sein de la filière ont été cartographiées l’année passée. Ces chiffres ont été une belle première pour les participants. Mais les entreprises laitières ne se concentrent pas uniquement sur le renforcement de la durabilité sur leurs sites de transformation, elles soutiennent aussi leurs producteurs laitiers par le biais de programmes de durabilité, l’octroi de primes de durabilité, ou un soutien financier à certaines mesures. Plus concrètement, les transformateurs laitiers se sont engagés, au sein de la charte de durabilité de notre organisation de branche MilkBE, à soutenir le déploiement ultérieur d’analyses climatiques individuelles pour leurs producteurs laitiers. Nous y avons déjà travaillé dur l’année passée: pas moins de 1585 analyses climatiques ont été réalisées en 2024 auprès de producteurs laitiers, une étape importante dont nous pouvons être fiers!
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Pour conclure, quel est pour vous le message clé à retenir?
Notre appel à accorder au secteur laitier belge la reconnaissance qu’il mérite. Nous avons demandé une attention particulière pour le rôle stratégique des transformateurs laitiers au sein de la filière. Grâce à sa forte organisation, son expérience des fluctuations du marché et la combinaison unique d’ancrage local et de force de frappe internationale, la filière laitière belge excelle par sa flexibilité et sa résilience. La turbulente année écoulée exige des gains d’efficacité non seulement des transformateurs laitiers, mais aussi de chaque maillon de la chaîne. Aujourd’hui encore, les transformateurs laitiers comptent sur les forces de l’ensemble du secteur pour relever les défis de demain. Des signaux positifs émanent déjà du gouvernement, comme la reconnaissance de l’agriculture comme secteur stratégique, la volonté de développer une politique industrielle forte, et la stratégie de simplification administrative. Mais il est essentiel d’ancrer cette approche de manière structurelle pour que chaque nouvelle initiative soit automatiquement évaluée selon les principes établis. La CBL est en tout cas prête à continuer, avec les pouvoirs publics et les partenaires du secteur, à travailler davantage au cadre approprié pour exploiter pleinement le potentiel de notre secteur.